l’Apnée
L’utilisation militaire dans l’antiquité
Les Assyriens possédaient une armée puissante… Ils n’hésitèrent pas à employer des plongeurs en apnée pour assaillir les vaisseaux adverses comme moyen de combat. Ce furent les premiers nageurs de combat.
L’histoire de Yorgos Haggi Statti

1913, le « Regina Margherita », un navire militaire italien est ancré dans la baie de Picadia, sur l’île de Scarpanto en mer Egée. La chaîne et une des ancres du bateau ont coulé à pic, sur un fond de 8 mètres, entraînant avec elle une partie de l’équipage. Un pêcheur grec, originaire de l’île propose d’aller accrocher un filin pour la remonter, moyennant une certaine somme d’argent. Les médecins italiens auscultent cet étrange pêcheur, pas très grand, qui n’a qu’un seul tympan, perforé de surcroît, le deuxième étant totalement absent. Il a également un emphysème au niveau inférieur des poumons. Incrédules, les docteurs hésitent à le laisser plonger, mais Haggi Statti connaît bien ses performances, il plonge pendant plus de 7 minutes, à très grande profondeur. Après quelques jours de recherches, il réussit à retrouver l’ancre et à l’accrocher pour qu’elle puisse être remontée. Il est aujourd’hui évident que l’absence de tympan permit à Yorgos Haggi Statti d’atteindre, expérimentalement, de très grandes profondeurs. Interrogé par les docteurs sur ce qu’il ressentait, il répondit « tout le poids de la mer sous mes épaules », en réalité la pointe supérieure des poumons, graduellement écrasés de bas en haut par la pression hydrostatique. Il ressentait également le bloodshift,
mais il n’a jamais compris pourquoi il n’avait pas envie de respirer au fond.

Les premiers records (les années 50)
Les premiers records de plongée sportive en apnée commencent après la seconde guerre mondiale (dans la mouvance des chasseurs sous-marins des armées italiennes et françaises qui fixaient des mines sous les navires ennemis en mer Méditerranée). En 1949, le Commandant italien Raimondo Bucher ,entraîné par un lest ,atteint -30 mètres, fixant ainsi le premier record du monde.

Deux ans plus tard, en 1951, Ennio Falco et le Docteur Alberto Novelli, tous deux plongeurs italiens, descendent ensemble à -35 mètres. (Ennio Falco, décédera en 1969, victime d’un accident de plongée à l’air comprimé).
L’année suivante, en 1952, Raimondo Bucher redevient recordman avec -39 mètres. Bien sûr, l’année d’après, en 1953, Ennio Falco et Alberto Novelli rammènent le signal des -41 m.

Les premiers records ont donc lieu en Italie, berceau de l’apnée moderne. Ce qui a contribué à faire de l’Italie un vivier d’apnéistes de haut niveau, remportant encore aujourd’hui les championnats du monde par équipe.

Enzo Majorca et les -50 mètres (les années 60)
Six années ont passé depuis le dernier record à -41 m, lorsqu’en 1959, un Brésilien, Americo Santarelli, bien décidé à battre ce record descend à -43 mètres. Devant l’incrédulité des italiens, il vient en Italie en septembre 1960, soit un an après son record, et profite de l’occasion pour plonger un mètre plus profond, à -44 m. Ce même septembre 1960, un pêcheur sous-marin, à la carrure athlétique, originaire de Syracuse en Sicile, ajoute un mètre au record du Brésilien, Enzo Maiorca entre ainsi dans l’histoire de la plongée en apnée avec -45 mètres. Enzo Maiorca est connu de tous les pêcheurs de l’île, en effet, il plonge souvent récupérer les poissons mal harponnés, ses temps d’apnées et les profondeurs qu’il atteint sont déjà impressionnants. Mais Americo Santarelli enrage, il n’attendra pas la prochaine saison, et reprend son titre en octobre 1960 avec -46 mètres. Après cet ultime record, il ne tentera plus de descendre plus profond. Enzo Maiorca reprit donc le titre peu après, avec -49 mètres. Le seul problème qui résistait encore à Enzo Maiorca était la barre fatidique des 50 mètres. En effet, anatomistes et physiologistes pensaient à l’époque, notamment le docteur français Cabarrou, qu’au-delà de 50 m, la masse de l’eau écraserait la cage thoracique, provoquant ainsi la mort de l’apnéiste. Malgré tous les avertissements, Enzo Maiorca eut le courage de dépasser 50 mètres le 15 août 1961 à Ognina, en Sicile, il remonta de -51 m. Les limites fixées par les scientifiques étaient donc totalement arbitraires, sa descente dans les grandes profondeurs le démontrait. La science n’avait plus qu’à chercher de nouvelles hypothèses, de nouvelles théories.

Pendant cinq ans, Enzo Maiorca reste seul à tenter de nouvelles profondeurs, rajoutant un mètre chaque année. En juin 1965, il descend à 54 mètres, mais en septembre de la même année, un Américain, Tetake Williams, réalisera une plongée à 59 mètres, rompant ainsi la solitude de l’italien. Mais surtout, deux autres plongeurs vont arriver, il s’agit de Robert Croft, un américain, et d’un français, Jacques Mayol. Les records vont maintenant s’accélérer…

Jacques Mayol et le mur des 100 mètres (les années 70)
Jacques Mayol va affronter Robert Croft (jusqu’en 1968), et surtout Enzo Maiorca pendant dix ans ; servant de trame au film « Le Grand Bleu » . Au cours de cette décennie, les profondeurs atteintes vont doubler, l’objectif, pour les deux apnéistes, étant le mur des 100 mètres, profondeur mythique que Jacques Mayol sera le premier à franchir en novembre 1976 au large de l’île d’Elbe, en Italie.

Enzo Maiorca avait apporté à l’apnée des innovations pratiques, comme la compensation, qu’il pratiquait intuitivement. Jacques Mayol apporte une vision, une philosophie, à l’apnée. Grâce à un entraînement basé sur la relaxation et le yoga, le français peut arriver à des profondeurs où le physique tout seul ne peut suffire, où le mental devient aussi très important.

Il fait également évoluer la technique (notamment les gueuses, qui s’amélioreront d’année en année) et la médecine, en se livrant à diverses expériences. Pendant les années 80, alors que son record tient toujours, Jacques Mayol descendra à 103 m (novembre 1981) puis 105 mètres (octobre 1983). Jacques Mayol plonge toujours, il continu sa recherche de symbiose entre l’Homme et le dauphin.

Les champions médiatiques et la course aux abysses: -150 m (les années 90)
Angela Bandini  
Il aura fallut dix ans pour qu’une nouvelle génération d’apnéistes de haut niveau prenne le relais. Le record de Jacques Mayol est battu par une femme, Angela Bandini avec -107 mètres le 4 octobre 1987. Les dix années qui vont suivre vont voir défiler les tentatives de record. Deux plongeurs s’affrontent, dans la lignée d’Enzo Maiorca et de Jacques Mayol ; il s’agit du cubain Francisco Ferreras Rodriguez, plus connu sous le nom de « Pipin » qui collectionne les plongées au-delà des 100 mètres, et l’italien Umberto Pelizzari. Les records s’enchaînent, sous les objectifs des télévisions du monde entier, le Grand Bleu est passé par là !
Umberto Pelizzari  
Grâce à une capacité pulmonaire de 7,9 Litres, le plongeur italien peut rester en apnée pendant plus de 7 minutes. Adepte de la sophrologie et du yoga, que lui a enseigné Jacques Mayol, Umberto Pelizzari a surtout démocratisé ce sport, notamment en parcourant les plateaux de télévision. Après avoir raccroché le NO LIMITS pendant trois ans en 1996, suite à son record à -131 mètres, il est de nouveau l’Homme le plus profond avec -150 mètres (24 octobre 1999). (record battu par Pipin avec -162 m depuis)
Francisco Ferreras Rodriguez  
Le cubain Francisco Ferreras Rodriguez (dit « Pipin ») s’est affronté à Umberto Pelizzari durant toute la décennie, va t’il tenter un nouveau record en no limits ? Il totalise déjà plus de 600 plongées en dessous de 100 mètres, et a réalisé plusieurs plongées atypiques, comme descendre en respirant une goulée d’air comprimé durant le parcours. Il a ainsi atteint -155 mètres. Où plonger à deux sur la même gueuse, ce qu’il a fait avec sa fiancée, la Française Audrey Mestre, qui détient le record no limits chez les femmes, avec -115 mètres (6 juin 1998).

La course aux très grande profondeur, ne s’est pas faîte sans douleur. Bluffé par « Le Grand Bleu », certains apnéistes, misant sur le stress des médias et l’envie d’entrer dans le cercle des plus grands, n’ont pas assez consacré de temps à l’entraînement. En 1989, lors d’une plongée à 110 m, Stefano Makula est victime d’un accident pulmonaire. La même année, au mois de décembre, Frank Mességué tombe en syncope lors d’une plongée en poids constant à -70 mètres.

Cyril Isoardi  
Cyril Isoardi, 24 ans, jeune prodige de l’apnée française, s’entraîne dans la baie de Villefranche, il a à son actif une cinquantaine de plongées profondes, en dessous des 100 mètres. Le record n’est pas loin, mais le 29 mars 1994, il ne remonte pas lors d’un entraînement. Le drame met au jour le peu de moyens, notamment concernant la sécurité, dont disposent les apnéistes pour s’entraîner.L’apnée française, sous la houlette de Claude Chapuis, mettra plusieurs années à s’en remettre. Mais aujourd’hui, une bonne partie de l’élite est issue de cette école française, Michel Oliva, Andy Le Sauce en statique (record : 7’35), Nathalie Desréac et Mathilde Fouchard en apnée dynamique ou la française, brésilienne d’adoption, Karoline M. Meyer Dal Toé (record du monde d’apnée statique féminin avec 6’02 le 26 juillet 1999). Le choc du décès de Cyril Isoardi est passé et un français a réalisé un record en no limits à -137 mètres le 5 juin 1999.
Loïc Leferme  
Dimanche 19 août 2001
Vingt-quatre heures après le record du monde de Pierre Frolla (détenteur du record du monde de plongée en apnée en immersion libre à moins 80 mètres), l’apnéiste Loïc Leferme s’est distingué à son tour sur la Côte d’Azur. Le Niçois a battu le record du monde de « no limits ».
Avec des battements de cœur mesurés à 12 pulsations par minute (un état quasi comateux), Leferme est descendu à moins 154 m !

Dimanche 20 octobre 2002
Loïc Leferme établi un nouveau record du monde de plongée en apnée « No Limit » dimanche dans la rade de Villefranche-sur-Mer en descendant à -162 mètres !
Leferme, trois fois recordman du monde en 1999, 2000 et 2001, s’était vu ravir le record l’été dernier par l’Américaine Tania Streeter qui l’avait porté à -160 mètres.

Samedi 30 octobre 2004
Le Français Loïc Leferme a battu samedi à Villefranche-sur-Mer son propre record du monde de plongée « no limit » en atteignant la profondeur de 171 mètres de profondeur. Précisons que cette discipline, popularisée par le film « Le Grand Bleu », n’est pas reconnue par la Fédération française d’études et de sports sous-marins (FFESSM).